Pourquoi reproduit-on toujours les mêmes schémas relationnels ?

On change de ville, de travail, de coupe de cheveux, parfois même d'application de rencontre. Et six mois plus tard, on se retrouve devant la même scène : le partenaire qui se dérobe dès que ça devient sérieux, l'amie qui n’est pas présente comme on aimerait, le chef qui ne remarque jamais rien de ce que l'on fait. Les visages changent, le scénario reste.

Beaucoup de gens concluent qu'ils ont « le chic pour tomber sur les mauvaises personnes ». L'explication est tentante, mais elle a un gros défaut : elle vous laisse sans aucune prise sur ce qu’il se passe réellement.

Un schéma relationnel, c'est une manière de se lier aux autres qui se rejoue d'une relation à l'autre, avec les mêmes attentes, les mêmes peurs, les mêmes rôles, et souvent la même fin. On pense d'abord au couple, mais ces schémas se glissent aussi dans l'amitié, au travail et, évidemment, en famille.

Le connu rassure, même quand il fait mal

Le phénomène intrigue la psychologie depuis plus d'un siècle. Freud l'avait déjà repéré chez ses patients et lui avait donné un nom : la compulsion de répétition. Il observait qu'on tend à rejouer, dans nos relations, ce que nous n’avons pas pu intégrer autrement.

La théorie de l'attachement, développée par le psychiatre John Bowlby, a apporté une explication plus concrète. Dès nos premières années, nous construisons à partir de nos relations avec nos parents une sorte de mode d'emploi du lien. “Est-ce qu'on vient quand j'appelle ?” “Est-ce que je dois mériter l'amour ?” “Est-ce que je peux compter sur l'autre ?” Dans les années 1980, les chercheurs Cindy Hazan et Phillip Shaver ont montré que ces styles d'attachement se retrouvent, bien des années plus tard, dans nos relations amoureuses d'adultes.

Le point clé, c'est que pour votre système nerveux, le familier a valeur de sécurité. Ce qui est connu est prévisible, et ce qui est prévisible rassure, même lorsque c'est inconfortable. C'est un peu comme reprendre chaque soir la même route pour rentrer chez soi alors qu'elle est pleine de nids-de-poule : au moins, on sait exactement où ils sont.

Les blessures qui écrivent le scénario

Si le schéma est la pièce qui se rejoue, la blessure en est l'auteur. Lise Bourbeau a popularisé en France une grille de lecture devenue célèbre, les cinq blessures de l'âme : le rejet, l'abandon, l'humiliation, la trahison et l'injustice, que vous devez probablement connaitre. Chacune laisse une empreinte reconnaissable dans la façon d'aimer.

La blessure d'abandon peut pousser à s'accrocher à une relation qui ne nourrit plus, ou au contraire à partir la première pour ne pas risquer d'être quittée. Celle de rejet donne parfois envie de se faire toute petite, de ne pas déranger, jusqu'à disparaître de sa propre vie. La trahison peut rendre le contrôle presque vital : savoir où est l'autre, anticiper, tout vérifier. Chaque fois, il s'agit d'une protection mise en place très tôt, pour de bonnes raisons, et qui continue de fonctionner longtemps après que le danger ai disparu.

À ces blessures s'ajoute un mécanisme plus discret, que le psychiatre Ivan Boszormenyi-Nagy appelait les loyautés invisibles. Sans le savoir, on reste fidèle à ce qui se vivait dans sa famille : ne pas s'autoriser un couple plus heureux que celui de ses parents, reprendre le rôle de celle qui porte tout, choisir quelqu'un qui ressemble étrangement à un parent qu'on n'a jamais réussi à satisfaire. On ne répète pas ces mécanismes par manque de volonté. On répète, souvent, par attachement.

Si ce passage vous parle, l'article sur l'enfant intérieur creuse justement ce qui se joue dans ces premières années.

Comment reconnaître un schéma chez soi

Quelques signes ne trompent pas. La phrase « encore une fois » revient dans votre bouche, ou dans celle de vos amis quand vous leur racontez votre dernière histoire. Vous sentez une attirance immédiate et très forte pour un certain type de personne, et vous savez déjà, quelque part, comment ça va finir. Une réaction vous submerge face à une situation banale, un message resté sans réponse ou un ton un peu sec, avec une intensité qui n'a rien à voir avec l'événement lui-même.

Petite remarque au passage, qui fait rarement plaisir : le fameux coup de foudre est parfois moins un signe du destin qu'un signe de reconnaissance. Votre système nerveux vient de retrouver un visage familier, et il confond ce familier avec une évidence.

Pourquoi comprendre ne suffit pas

Certaines personnes que j'accompagne connaissent leur schéma par cœur. Elles pourraient en faire un exposé, citer son origine, en prédire chaque étape. Et pourtant, le jour où la situation se présente, la réaction est automatique avec le fameux “c’est plus fort que moi”. Et il n’y a aucun mal à cela. Le mécanisme sous jacent est ancien et ancrée dans le fonctionnement du système nerveux lui-même. Et nous fonctionnons émotionnellement avec ce que nous avons engrammé dans celui ci.

La mémoire émotionnelle inscrite dans le corps, s'active sans que la réflexion ne puisse toujours y insérer sa logique. Pour que le scénario change, plusieurs approches existent. L’une d’entre elle consiste à apaiser les charges associés à l’histoire que l’enfant en vous à vécu.

C'est précisément ce travail que je propose en harmonisation globale. Par le dialogue, nous identifions ensemble la blessure réellement en jeu dans ce que vous revivez. Puis nous travaillons sur la mémoire émotionnelle qui y est attachée, un peu comme on désensibilise progressivement une allergie, pour que la situation qui vous déclenchait perde peu à peu son pouvoir. Quand la réaction automatique est reparamétré, de nouveaux choix deviennent possibles, et ils ne demandent plus un effort surhumain.

Pour qui, pour quoi

Cet accompagnement parle souvent aux personnes qui ont l'impression de vivre la même histoire amoureuse avec des partenaires différents. Il parle aussi à celles qui retrouvent au travail ou en amitié les mêmes dynamiques qu'en famille ( ex : toujours la personne sur qui l’on compte, jamais celle dont on prend soin). Il convient enfin à celles et ceux qui ont déjà beaucoup compris de leur histoire, en thérapie ou par leurs lectures, sans que cette compréhension ait changé grand-chose à leurs réactions.

Les questions qu'on me pose tout le temps

Est-ce que ça veut dire que c'est de ma faute ? Non. Un schéma s'est construit à une époque où vous n'aviez ni le choix ni les moyens de faire autrement. Il n'y a aucune faute là-dedans. Il y a en revanche une bonne nouvelle : aujourd'hui, adulte, vous avez la possibilité d'agir dessus.

Faut-il être en couple pour travailler sur ses schémas relationnels ? Pas du tout. C'est même parfois un très bon moment pour le faire, entre deux relations, quand on a un peu de recul sur ce qui s'est rejoué.

Mon ou ma partenaire doit-il venir aux séances ? Non, le travail est individuel. Mais une relation, c'est un peu comme une danse : quand l'un des deux change de pas, l'autre ne peut pas continuer exactement comme avant.

Est-ce qu'on arrête vraiment de répéter ? L'objectif n'est pas de devenir quelqu'un d'autre, ni de ne plus jamais être touchée par rien. Ce que les personnes décrivent le plus souvent, c'est que la réaction perd de son intensité, qu'elles la voient venir, et qu'elles retrouvent la liberté de choisir. Le rythme dépend de la profondeur des blessures en jeu, et on en parle ensemble dès la première séance.

Vous avez l'impression de revivre toujours la même histoire ? Découvrez l'harmonisation globale ou réservez une séance découverte.

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